3.11.2007

Les accommodements raisonnables

À la suite des nombreuses interrogations suscitées sur les accommodements raisonnables,
notre communauté chrétienne, la Fraternité Saints-Pierre-et-Paul, a résumé ses réflexions.

Accommodement
Le mot vient du latin modus qui signifie mesure. Commodus signifie qu’on ajuste une chose en la mesurant à une autre.
Est-il possible d’ajuster les habitudes culturelles ou religieuses de communautés qui ont des coutumes ou des rites différents ?

Société laïque
La société québécoise est aujourd’hui une société laïque : ce qui veut dire que nos institutions sociales et politiques doivent être indépendantes de tout autre pouvoir, qu’il soit religieux ou venant d’institutions syndicales ou corporatives.

Cependant une société laïque ne doit pas empêcher les individus de témoigner de leurs convictions personnelles en étouffant leurs spécificités religieuses ou culturelles. Ou de recevoir des services spécifiques à leur religion ou selon leurs valeurs humanistes.

Par exemple, dans les services hospitaliers, chacun et chacune devrait recevoir les services convenables à leurs convictions, qu’il soit chrétien, musulman, juif, sans religion. Ces services devraient être payés par les communautés religieuses ou par la société, si la majorité des citoyens est d’accord.

Pluralisme
Dans un monde devenu global, les migrations sont massives. Certains peuvent les déplorer mais cela semble inévitable et peut être vu comme un enrichissement pour tous. Chaque état devient de plus en plus pluraliste. Son milieu de vie doit se construire désormais à partir de diverses cultures dont les coutumes ne s’ajustent pas toujours aisément. Il peut donc y avoir des confrontations entre les différents groupes qui forment l’état.

Sur quelles bases vont se faire ces accommodements?

Liberté individuelle et respect du bien commun
Pour résoudre les divergences, on peut faire appel au respect de la liberté de chaque individu, en se référant à la Charte des droits et libertés.
Mais la liberté individuelle ou celle d’un groupe ne doit-elle pas s’effacer quand elle vient nuire au bien commun ?

Si l’on prend comme exemple la question du port du casque de sécurité par les travailleurs du port de Montréal, peut-on «accommoder» les sikhs qui refusent le port du casque sous le prétexte que leur turban fait partie de leur identité religieuse? Oui, si cela ne contrevient pas à leur sécurité; non, si cela peut être dangereux et occasionner des accidents. Dans ce dernier cas, les soins qui seront donnés aux sikhs accidentés seront en effet à la charge de tous les citoyens et nuiront donc à l’ensemble de la société.
Ne peut-on comparer cela à tous les règlements qui sont imposés aux individus comme le port de la ceinture de sécurité ou l’interdiction de la cigarette dans les endroits publics?

Si l’on prend les exemples du kirpan ou de la burka. Ceux-ci sont apparemment inoffensifs, mais le kirpan peut éventuellement être remplacé par un poignard ou la burka peut cacher un kamikase armés de bombes. Avons-nous là un accommodement raisonnable?

L’esprit qui devrait définir les accommodements
On peut définir les accommodements sous la forme de confrontations qui amènent les opposants devant les tribunaux. C’est parfois la solution ultime. Mais si les tribunaux définissent ces accommodements, nous pensons que ceux-ci doivent prioritairement être «accueillis« par la majorité des groupes et des personnes.



L’esprit de l’Évangile, qui vise à faire l’unité de l’humanité dans la solidarité, devrait inciter les chrétiens à gérer les accommodements, non dans un esprit de confrontation – chacun défend ses droits - mais avec la vision de chercher une plus grande unité. Il ne s’agit pas de convaincre l’autre de s’ajuster à notre vision et à nos coutumes, mais de nous enrichir par des accommodements qui nous feront marcher ensemble vers une plus grande compréhension des uns et des autres, dans le respect du bien commun. C’est ainsi qu’on pourra bâtir une société plus harmonieuse où l’on ne confond pas l’unité et l’uniformité et où chacun et chacune peut trouver sa place quelque soit sa religion, son sexe ou son handicap.

Cela ne se fera pas sans difficulté mais cela peut être une belle utopie si chaque citoyen s’engage à mettre sa bonne volonté – et son bon sens – au service de tous.

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