« MAL‑ME‑DIT »
Nous abordons un sujet délicat qui met en question notre personne: ce que nous sommes dans le réel de l'existence.
Un ami affecté dans sa santé fait un jeu de mots avec “maladie” en disant : «Qu'est‑ce que le “mal‑me‑dit” dans ce que je vis présentement?» Je fréquente chaque semaine des grands malades en soins de longue durée, et que de fois je me sens «pogné» devant la souffrance des gens!
Quand la maladie frappe c'est toujours un temps d'épreuve qui provoque une série d'interrogations autant pour la personne affectée que pour son entourage! Nous sommes tous témoins en ce temps d'automne de voir les feuilles tomber des branches et s'étendre par terre. Ce signe discret signifie que toute vie s'achève un jour.
Le “mal‑me‑dit” de ressentir ma fragilité et d'être conscient de ma condition mortelle. La question du “Qui suis‑je?” bondit! Je ne suis qu'une parcelle de vie dans l'immensité de l'univers. Suis‑je vraiment nécessaire dans cet immense tourbillon? Immanquablement dans cette turbulence surgissent l'angoisse de ma vulnérabilité et les peurs de l'inconnu! Est‑ce que je bascule dans l'absurdité, le néant, le vide?
Est‑ce que j'opte pour une présence intérieure avec laquelle je tisse de la confiance comme avec quelqu'un de proche qui crée une certaine sécurité malgré les coups durs de l'existence? Si j'ai foi en l'inattendu du matin de Pâques, il y a l'icône du Christ, la personne Jésus qui suscite des gestes humains divinisés...
Je termine par ce récit de vie: j'accompagne bénévolement un résident lors d'une sortie dans un verger à Rougemont. Nous sommes transportés par un tracteur aux pieds des pommiers. Je pousse le fauteuil roulant de M. Bruno sous une branche pliée remplie de belles pommes rouges. Bruno allonge la main gauche et cueille les pommes pour les déposer dans son sac. J'en profite pour déguster une pomme fraîchement cueillie. J'invite mon ami à faire de même, mais il me montre qu'il n'a pas de dents au haut de la bouche.
Je m'informe s'il y a quelqu'un qui a un couteau. J'en trouve un, je m'assois aux pieds de Bruno sur l'herbe, je lui coupe des morceaux de pomme; il les déguste avec plaisir. Quel bonheur ressenti en nos cœurs sous un soleil radieux d'automne! Puis une fois nos sacs remplis, Bruno les place sur la tablette de son fauteuil roulant en précisant: “J'en prends soin”. Ce simple geste de partage devient un geste humain divinisé ...
(Inspiré de E. Drewermann, La parole qui guérit, et de Boris Cyrulnik, De chair et d'âme.)
André Choquette
